La formule morale universelle et nécessaire d’Emmanuel Kant

Métaphysique des mœurs
ou
« La formule morale universelle et nécessaire d’Emmanuel Kant »

Laurent Simon Lapierre

340-EJL-03
Travail présenté à Bruno Lacroix
Pour le cours d’Réflexion éthique et politique
Gr : 00103

Cégep Marie-Victorin
Le 5 avril 2007

Questions sur les fondements de la métaphysique des mœurs de Kant

Préface
Kant définit la connaissance rationnelle matérielle comme celle qui s’occupe des objets et des lois auxquelles ils sont soumis et définit la connaissance rationnelle formelle comme celle qui s’occupe de l’entendement (conception des concepts) et de la raison. Celle-ci porte sur les règles universelles de la pensée générale telle que la logique observable dans les mathématiques alors que l’autre se divise en deux catégories : les lois de la nature (physique) et les lois de la liberté (éthique).

La philosophie formelle se nomme la philosophie logique et elle ne peut être empirique.

La philosophie matérielle se divise en la nature (physique)  et la liberté ( éthique) et chacune d’entre elles sont composées d’une partie empirique et d’une partie pure (a priori).

La logique se veut d’un raisonnement formel indépendant de toute expérience dépassant l’entendement de l’homme, alors que la métaphysique se veut un raisonnement sur des questions dépendantes de l’expérience et au-delà de l’entendement de l’homme.

La partie rationnelle ou a priori de la physique se nomme métaphysique de la nature.

La partie rationnelle ou a priori de l’éthique se nomme anthropologie pratique et sa partie empirique se nomme métaphysique des mœurs

Le bousilleur d’idées ne contribue en rien à l’idéalité en mélangeant effectivité et idéalité. Pour contribuer à l’idéalité, il faut tenter de le faire vivre en tentant de le rendre effectif.

L’obligation morale provient de la raison présente en l’homme et c’est ce dernier qui en est le destinataire.

L’action morale se produit par respect et devoir pour la loi morale.

Si le mobile d’une action est empirique, l’action n’est pas morale, elle est conforme à la morale.

Première section

Les talents de l’esprit, le tempérament, le caractère et les dons de la nature, comme l’explique Kant, sont tous de belles et bonnes choses à posséder, mais sans la volonté bonne elles peuvent être négatives. Il n’y a que la volonté bonne qui se suffise à elle-même.

Un résultat, peu importe qu’il soit mal ou bien accompli, n’est pas un résultat produit sous la loi morale si elle ne découle pas de la volonté de l’individu à poser l’acte.

L’instinct de l’homme le pousse à vouloir le bonheur, alors que la raison ne peut que pousser l’homme à accomplir le bien.

Pour qu’une action ait un caractère moral, il faut que la volonté soit déterminée par le devoir et non par l’inclination, ainsi la morale ne peut être vécue que dans le cadre d’un conflit intérieur, sinon l’acte n’est que conforme au devoir moral.

Pour qu’une action soit morale, il faut qu’elle ait été accomplie par devoir et non pas seulement d’une manière conforme au devoir puisque lorsque l’action est conforme au devoir, il convient de comprendre que le résultat de l’action convient et satisfait à l’individu qui la produit. Il n’est en rien moral puisque son action l’intéresse, alors que s’il est en conflit intérieur et qu’il pose un acte moral tout de même, à cet instant seulement il est moral.

L’action morale se définit non pas comme morale dans son résultat, mais dans son intention, son origine, son essence. L’action morale tient de ce qui pousse la volonté bonne à être produite.

Le devoir est ce qui doit être fait. Il s’agit de la volonté bonne en action, mais ayant des restrictions qui provoque le conflit en l’individu et qui donne naissance à la volonté bonne.

« Je ne dois jamais me conduire autrement que de telle sorte je puisse aussi vouloir que ma maxime soit vouée à devenir une loi universelle » Cette formulation est a priori puisqu’elle est contenue et découle de la raison.

Le principe de la morale est tel un compas puisqu’elle exhorte à l’individu qui pose une action d’être prudent des conséquences futures de son acte. Ainsi, le principe de la morale dirige l’être dans le sens non pas seulement du résultat à court terme, mais aussi dans une perspective d’avenir.

Si la mise à jour du principe de la morale ne nous apprend rien de nouveau c’est qu’a priori celle-ci était déjà contenue en nous.

La capacité de juger théorique, si elle s’écarte de l’expérience, se lance dans des chemins divers, opposés et inutiles, alors que la capacité de juger pratique, si elle utilise l’entendement commun, à la capacité d’exclure les mobiles sensibles ou ce qui a trait à la relativité et spécificité de chacun.

« La loi et le désir refoulé sont une seule et même chose.»
Jacques Lacan

Qu’est-ce que le monde? Il s’agit de ce que l’homme en a déduit. Qu’est-ce que l’homme? Il s’agit de ce que l’homme en a déduit. Mais il existe des choses que l’homme ne déduit pas. Le monde des idées de Platon n’est pas à l’extérieur de l’homme, mais en lui. L’homme transcende des idées qui sont le résultat de son expérience. Pourtant, il reste au fond de lui-même une lueur, un puissant joyau qui éclaire ses actions sans qu’il ait à s’en remettre à son vécu. « Notre époque est détraquée. Maudite fatalité, que je sois jamais né pour la remettre en ordre! » (Hamlet, Acte un, scène cinq). Hanté par un spectre, Hamlet assiste à la confrontation de son devoir et de son cœur. S’il avait pu peut-être aurait-il vécu comme il l’entendait son amour pour la belle Ophélie, mais Hamlet se devait d’agir et de rétablir l’ordre au sein du royaume. Kant l’énonce, il n’invente rien de nouveau, il ne fait que mettre à jour des connaissances déjà existantes. Le devoir d’Hamlet est le devoir de tout homme, voilà pourquoi on trouve encore pertinente l’œuvre de Shakespeare. L’humanité n’est pas arrivée à un accomplissement ultime de son être, il n’a pas encore atteint les lumières, il est en marche vers elles. Mais le projet de Kant, celui de fournir « une formule » à la philosophie morale, convient-il à tout le monde parce que cette « formule » n’appartient à personne, ou Kant suit-il une chimère, un spectre sortant des abymes et tentant de l’y emmener? Pour comprendre une question et arriver à une réponse, Hegel dirait qu’il ne faut pas penser abstraitement. Il faut être en mesure de se représenter le processus par lequel cette « formule » que Kant énonce convient à tous parce qu’elle n’est à personne. Pour ce faire, il considère qu’en chaque homme, il se trouve une chose complètement indépendante de l’expérience, de là son concept d’a priori. Puis, Kant reconstitue l’arbre généalogique de la connaissance et avec l’aide de son concept d’a priori. Ensuite, il parle de volonté bonne, de devoir, de bien, de raison, de respect, mais surtout d’un impératif qui tente de résumé tout cela, ou plutôt, de mettre à jour en l’homme quelque chose qui a priori est déjà contenu en lui ce qui fait que cette formule qu’il propose s’applique à tout être raisonnable.

Tout d’abord, afin d’établir sa formule morale, Kant considère qu’il y a en l’homme un concept d’universel et nécessaire qu’il appelle a priori. Il dénombre trois distinctions à cet a priori. Il voit un a priori indépendant de l’expérience, telle que le fait de reconnaître l’existence d’une chose ou d’un objet. Kant utilise ensuite l’exemple de l’eau qui bout à 100 degrés. L’énonciation de cette règle tient de l’expérience (et l’expérience ne donne que du contingent et particulier), mais reconnaître que l’eau bout nécessairement à 100 degrés nécessite de reconnaître qu’il y a quelque chose d’universel et nécessaire. La connaissance de la règle tient de l’expérience, mais le caractère nécessaire qu’on y reconnaît tient de l’a priori. Puis, troisièmement, qu’est-ce que l’universel et le nécessaire? Car l’a priori peut conditionner l’expérience, comme dans l’énoncé : l’eau bout toujours à 100 degrés. D’où vient ce « toujours »? Il faut comprendre que l’a priori est indépendant de l’expérience, mais aussi applicable à l’expérience. Mais qu’est-ce qu’une chose universelle et nécessaire? L’explication réside dans la connexion qui se passe entre les objets d’expériences et les catégories de l’entendement. Kant dénombre neuf catégories divisées en trois groupes. Dans le premier, il expose l’unité, la pluralité, puis la totalité. Il s’agit un peu comme d’une équation. La seconde est constituée de la réalité, de sa négation, puis des limitations. Et finalement, la substance, sa cause et la réciprocité forment le dernier groupe. Ainsi, toutes ces catégories impriment à l’individu des limites. La réalité est que l’homme attribut des catégories à la réalité qui elle n’a pas les limites de l’homme, ainsi l’homme est un être fini, limité. Son esprit fonctionne selon la forme d’un syllogisme. Il y a la première prémisse, la seconde prémisse et la conclusion. L’homme connaît son monde selon ce qu’il en perçoit, voilà pourquoi le monde est ce que l’homme en a déduit et cette formule s’applique à tout être rationnel.

Puis, ces trois catégories de l’entendement constituent ce que Kant appellera (selon le même ordre d’énumération) la physique, l’éthique et la logique, qui sont des sous-branches de la connaissance rationnelle. Il divise la connaissance rationnelle en deux branches : matériel et formelle. Sous la branche formelle, on retrouve la logique qui a priori s’occupe du raisonnement et de la création des concepts logiques. Sous la branche matérielle se retrouvent la physique et l’éthique. En chacune d’elles se retrouvent ensuite une partie empirique et une partie pure ou a priori. La partie empirique de la physique est effective, est ce sens qu’elle s’occupe de ce qui arrive. La partie pure de la physique est idéaliste, en ce sens qu’elle s’occupe de ce qui doit arriver. Par exemple : l’eau boue nécessairement à 100 degrés se rattache à la partie pure alors que l’eau boue à 100 degrés se rattache à la partie empirique. Par la suite, le branchement de l’éthique empirique s’occupe de la volonté de l’homme influencé par sa nature selon un point de vue effectif alors que la partie pure s’occupe de la volonté de l’homme à partir de ce qu’il doit être a priori : un être constitué par la raison. Cette première partie est ce que Kant nomme l’anthropologie pratique et la seconde ce qui nomme la métaphysique des mœurs. Ainsi, Kant s’intéresse, dans son ouvrage la Métaphysique des mœurs, à mettre à jour ce qui est perçu comme moral et à traquer ce qu’il nomme des « bousilleurs d’idées ». Il s’agit là de ceux qui mélangent l’effectivité et l’idéalité, en fait, il parle du relativisme. Il considère que tout être raisonnable est doté d’une morale et de lois qui doivent le régir.

Ensuite, Kant parle de talents de l’esprit, de don de la nature, de tempérament ou de caractère qui malgré qu’on puisse reconnaître qu’il s’agit de belles et bonnes choses, mais ne sont pas, a priori, responsable du bien. C’est à la volonté bonne qu’il attribue l’universalité, en ce sens que la volonté bonne (ou bonne volonté, il s’agit là de ne pas tombé dans la mauvaise volonté, car il y a une distinction entre les deux négatifs que sont mauvaise volonté et volonté mauvaise) se suffit à elle-même. Tous ces dons de la nature nommés plus haut peuvent être utilisés à mauvais escient ce qui est impossible de la volonté bonne. Ainsi, Kant considère qu’une action, qu’elle soit bien ou mal accomplie, n’est pas accomplie sous la loi morale à moins que celle-ci soit sous l’influence de la volonté bonne.  L’instinct de l’homme le pousse à vouloir le bonheur, alors que la raison ne peut pousser l’homme qu’à accomplir le bien. Donc, pour qu’une action ait un caractère moral, il faut que la volonté bonne soit déterminée par le devoir de poser cette action et non par l’inclination des instincts de l’homme. Dans ces conditions, la morale ne peut être vécue que dans un cadre d’un conflit intérieur avec soi, sinon cet acte, s’il répond aux inclinations, ne sera que conforme au devoir moral. Par exemple, si un individu sauve des personnes de la mort, mais qu’il avait posé ce geste après avoir conçu qu’il pourrait y retiré une quelconque récompense, malgré que son acte soit honorable il ne fait qu’agir conformément au devoir tandis que s’il avait agi dans un devoir pur et par respect de la loi morale sans que son inclination est pu le pousser à agir, son action aurait donc été dans ce cas morale. L’action morale ne se conçoit pas dans son acte, mais dans son intention. Cette volonté bonne donne une dignité à la vie qui provoque en l’individu qui la suit un bonheur qui l’élève au-dessus de l’animalité en lui faisant prendre conscience qu’il est capable d’avoir un agir sur lui-même pour tendre vers un objectif universel et nécessaire. Mais cette volonté bonne qui impute à l’homme une action morale nécessite de sa part une capacité de juger qui ne s’acquiert qu’avec l’expérience, car l’action morale ne doit pas être morale qu’à court terme, elle doit avoir la possibilité d’être propulsée à l’avenir. Mais cette faculté de juger ne s’acquière vraiment qu’en pratique puisque lorsque lancée théoriquement elle s’éparpille dans divers endroits et touche des choses auxquelles dont elle ne devrait pas dialoguer.  Mais, il semble qu’il ne soit pas suffisant d’agir par respect envers la loi morale. Kant considère que l’homme doit agir par obligation à celle-ci puisqu’il considère qu’en contrepartie qu’il est impossible de vérifier si un homme n’a jamais été autre chose que conforme au devoir puisque les actions posées par l’homme découlent de sa subjectivité.
Conséquemment, Kant introduit la notion d’Impératif catégorique suivi de près par celle d’Impératif hypothétique. Tout impératif comporte en soi la notion de devoir, mais le devoir dans l’Impératif hypothétique est présenté dans un angle où l’homme se trouve à obéir à une loi pour arriver à une fin, un but qui lui est imposé subjectivement, alors que chez l’Impératif catégorique, les actions sont propulsées par cette notion d’obligation universelle et nécessaire qui porte l’action morale de l’homme à l’objectivité pure. L’homme agissant selon un Impératif catégorique, ne doit pas à ce moment se considérer comme moyen vers le but, mais aussi comme fin et homme fini afin que son action ne soit pas centrée seulement sur son individu, mais aussi sur l’ensemble des gens qui l’entourent et qui l’entoureront en gardant conscience des finitudes de l’homme, car ce dernier malgré qu’il doive être dirigé par sa raison, faisant ainsi de lui un homme raisonnable aillant la capacité de juger, ne doit pas oublié qu’il est malgré tout un être qui existe et qui tend vers des instincts. Kant, afin que l’homme n’oublie pas ce qu’il est, mais tente tout de même de tendre vers une idéalité, inscrit que l’homme raisonnable devrait « [agir] de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme fin, jamais simplement comme moyen. » Il s’agit là de son Impératif pratique et « formule » finale qui devrait appartenir à tous parce qu’elle n’appartient à personne.

Pour conclure, le projet de Kant fournit-il une « formule » à la philosophie morale qui convient à tout le monde parce que cette « formule » n’appartient à personne? Si cette formule énoncée comme l’Impératif pratique de Kant est a priori universelle et nécessaire, il semble qu’elle convienne à tout le monde. Puisque que cette formule découle de la raison pure (a priori)  prenant en cause les catégories de l’entendement de l’homme et ainsi donc le fait que l’homme est un être limité, mais raisonnable parce qu’il a la capacité de juger grâce à sa capacité d’expérience qui lui permet de pouvoir se représenter non pas seulement une essence et son but, mais aussi tout le processus par lequel il arrive à ses fins et en tenant compte des individus semblables à lui qui entre dans le processus à court terme et à long terme, il semble que cette formule qui n’appartient pas à personne, mais qui est en toute personne, puisse constitué une « formule » de loi morale universelle et nécessaire à la philosophie pratique.

~ par Laurent le 22 février 2010.

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